La phaléristique – par Patrick SPILLIAERT, vice-président de la société des Amis du musée de la Légion d’honneur
Phaléristique : n. f. [lat. phalerae «phalère», du mot gr. phalara] ❖ Science auxiliaire de l’histoire qui a pour objet l’étude des ordres, décorations et médailles. Pour en savoir plus.
« C’est une belle invention que d’établir certaines marques vaines et sans prix pour honorer et récompenser la vertu » Michel de Montaigne
Dans toutes les sociétés, l’organisation d’un système de récompenses est un sujet résolument complexe et sophistiqué. C’est à tort que le langage courant opère une confusion entre ordres, médailles et décorations. Il s’agit en effet de notions bien distinctes tant par leur nature que par leur origine historique (religieuse ou séculière).
Les développements qui suivent, proposent un rapide survol de l’origine et de l’évolution de ces formes particulières de marques d’honneur que sont les ordres religieux militaires et hospitaliers, les ordres de chevalerie, les décorations (y compris sous leurs dénominations d’ordres de mérite ou de récompenses nationales) et les médailles. En dernier lieu et en guise de conclusion, certains aspects généralement délaissés par les études historiques seront examinés : les travaux de recherches sur la matière, l’histoire et la datation des insignes eux-mêmes.
En préalable, une difficulté vient du fait qu’en matière d’ordres, de médailles et de décorations, il y a marque extérieure avec port d’insigne distinctif mis en évidence sur le vêtement. Il s’agit pourtant d’institutions très différentes qui peuvent se définir comme suit :
Ordre religieux militaire et hospitalier : ordre monastique dont les membres prononcent des vœux religieux tout en assumant une vocation hospitalière et militaire, de protection des pèlerinages et de soins aux malades ;
Ordre de chevalerie : confrérie séculière réunissant autour d’un prince / grand maître par un serment, l’élite des grands d’un Royaume. La finalité est l’allégeance dynastique et le contexte, celui des États constitués ou en voie de l’être [chevalerie : fait militaire et juridique apparu entre les IXe et XIe siècles qui se caractérise par le rapport de vassalité (relation de forme quasi contractuelle) qui lie dans la société féodale un vassal à son suzerain au travers d’une série d’engagements réciproques.] ;
Décoration : marque de récompense officielle d’une action particulière dont l’insigne est le reflet du sens de cette récompense ;
Médaille : insigne qui prend la forme d’une monnaie sans être un instrument monétaire et dont la finalité est le souvenir (médaille de table). Une médaille commémorative d’une campagne militaire se porte suspendue par une bélière à un ruban par ceux qui ont participé à la campagne en question.
1- Les ordres religieux militaires et hospitaliers XII-XVIIIe siècles
Les ordres de chevalerie ont une origine médiévale. Les premiers ordres à être apparus à l’occasion des croisades au XIIe siècle sont les ordres religieux militaires et hospitaliers (l’ordre souverain de Saint Jean de Jérusalem dit Ordre de Malte ; le Temple ; l’ordre Teutonique ; l’ordre du Saint-Sépulcre a une origine plus tardive et remonte à une bulle papale de 1561). La chevalerie, née à l’époque post carolingienne, est le fruit de plusieurs influences : premièrement, la structuration de situations de fait avec la dissolution du pouvoir politique en principautés autonomes ; en deuxième lieu, l’émergence d’un entrelacs de relations de droit de nature contractuelle avec le rapport de vassalité qui lie dans la société féodale un vassal à son suzerain au travers d’une série d’engagements réciproques ; enfin, la volonté de l’Église d’assurer une influence pacificatrice d’inspiration chrétienne : progressivement l’adoubement du chevalier va comprendre certains aspects liturgiques -par exemple la cérémonie du bain qui précède l’investiture- de même c’est par la paix de Dieu que l’Église va s’efforce de réguler les combats.
À l’occasion de la croisade, le chevalier est vu avant tout comme un « milites Christi », un soldat de Dieu, qui réalise son salut par les armes dans la délivrance des Lieux Saints. Après la prise de Jérusalem, des religieux hospitaliers (c’est-à-dire qui accueillent et soignent les pèlerins) se regroupent sous forme d’ordres monastiques dont les membres prononcent des vœux religieux tout en assumant une vocation militaire de combat contre les infidèles et de protection des pèlerinages.
Ces ordres ont connu un prestige immense du fait de leurs hauts faits d’armes (ainsi les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui n’ont cessé de combattre en Palestine jusqu’en 1291, puis à Rhodes à partir de 1330, avant de s’installer enfin sur l’île Malte qui leur fut octroyée par l’empereur Charles Quint au XVIe siècle), de leur participation à la reconquista espagnole (avec les ordres de Calatrava, d’Alcantara et de Saint-Jacques qui participèrent à cette forme particulière de croisade), de leur puissance financière (ainsi les templiers jusqu’à leur suppression par le Pape Clément V et le roi Philippe le Bel), ou de leur puissance territoriale (ainsi les chevaliers teutoniques qui se sont taillé un empire sur la Baltique du XIIIe siècle jusqu’à leur déclin à compter de la bataille de Tannenberg en 1410).
Le plus prestigieux de tous est resté l’ordre de Malte qui, par son action efficace et persistante en Méditerranée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, a servi d’inspiration à d’autres institutions chevaleresques (par exemple l’ordre de Saint-Étienne créé en 1561 par le grand-duc de Toscane Cosme de Médicis, à l’origine de la plupart des traditions de la marine italienne moderne) et dont la croix blanche à huit pointes a été reprise dans les insignes des ordres de l’ancienne monarchie (le Saint-Esprit, Saint-Lazare et Notre Dame du Mont-Carmel, Saint-Michel à partir de 1661, Saint-Louis).
Les ordres hospitaliers ont connu un déclin progressif dès le XIVe siècle avec la montée de la puissance des États. La Révolution française a porté un coup décisif à ces ordres religieux si particuliers avec la sécularisation des biens du clergé (étendue aux biens de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem par le décret du 11 septembre 1792) et l’occupation de l’île de Malte par Bonaparte en 1798.
Aujourd’hui, l’ordre souverain de Malte, l’ordre Teutonique et l’ordre du Saint-Sépulcre continuent d’exister avec des actions caritatives d’inspiration religieuse. Ils sont les derniers héritiers de ces ordres militaires, religieux et hospitaliers qui ont marqué l’histoire de l’Europe.
2- Les ordres de chevalerie
Les ordres de chevalerie se distinguent nettement des ordres hospitaliers et apparaissent plus tardivement entre le XIVe siècle et le XVIe siècle. Leur vocation séculière est de réunir autour du prince, par un serment, l’élite des grands du royaume (la condition de naissance étant liée à l’existence d’une société d’ordres, certes strictement hiérarchisée, mais marquée par une certaine fluidité dans l’accès à la noblesse qui a toujours été traditionnelle en Grande-Bretagne et qui a été bien plus importante qu’on ne l’imagine en France jusqu’en 1750).
Leur apparition coïncide avec le déclin de la féodalité et de la véritable chevalerie. Pour des États modernes en voie de constitution, la création d’un ordre de chevalerie est l’un des instruments de pouvoir dans les mains des gouvernants. La Jarretière -le plus ancien parmi les ordres de chevalerie et qui n’a connu aucune interruption depuis sa création par Édouard III aux alentours de 1346- sert le roi d’Angleterre dans le combat qu’il mène pour la couronne de France comme un outil d’allégeance à sa personne et un signe de ralliement à sa cause (la devise « honi soit qui mal y pense » avant qu’on lui prête des origines romanesques se réfère directement à la légitimité de la revendication dynastique des Plantagenêts ; la jarretière, élément de l’équipement militaire du chevalier, renvoie à la symbolique d’union ; les couleurs -or et azur- sont celles de l’écu de France).
En 1430, Philippe le bon, duc de Bourgogne, le «grand-duc d’Occident», créé la Toison d’or à Bruges pour témoigner de la puissance de sa dynastie et de ses États. Le prestige et la réussite de ce nouvel ordre seront tels qu’il conduira Louis XI à instituer l’ordre de Saint-Michel en 1461. Lorsque Saint-Michel aura commencé à décliner à partir du règne de Charles IX, il deviendra nécessaire pour la couronne de se rattacher les grands seigneurs catholiques dans cette période troublée des guerres de religion. C’est ce que fera Henri III en 1578 avec l’institution du grand ordre de la monarchie française, celui du Saint-Esprit.
Gagnant progressivement en prestige, le Saint-Esprit a permis de rapprocher des princes de sang et de leurs cousins dynastes étrangers (infants d’Espagne), la haute noblesse des ducs et pairs et les titulaires d’emplois militaires et de charges à la Cour, en consacrant leur appartenance à une élite sociale restreinte. Depuis Henri IV (1607), les enfants de France recevaient le cordon à leur baptême, mais ne devenaient réellement membres de l’ordre qu’à leur installation.
Les statuts fixent à 100 le nombre de cordons bleus : 87 chevaliers commandeurs (chevaliers des « Ordres du Roi » c’est-à-dire du Saint-Esprit et de Saint-Michel), 9 ecclésiastiques dont le Grand Aumônier de France, seul dispensé à devoir faire valoir ses preuves de noblesse (les prélats n’étaient pas titulaires de Saint-Michel et à ce titre portaient la colombe sur les deux faces de la croix), 4 grands officiers (issus des grands serviteurs de l’État de la noblesse de robe, ces Grands Officiers n’avaient pas droit au collier, mais en général le faisaient figurer dans leurs armes ; ils conservaient de même leur vie durant, sans aucun droit et par pure tolérance de la couronne, le port du cordon et de la plaque au sortir de leurs charges). Ce nombre peut apparaître relativement élevé en comparaison de la Jarretière (25 chevaliers en sus du monarque et des chevaliers extra-statutaires -en général souverains étrangers) et de la Toison d’or (30 chevaliers à l’origine, portés à 60 sous Philippe IV). Ceci s’explique à la fois par le poids démographique de la France de l’époque en Europe et par la nécessité première de disposer d’un moyen de récompenser et de s’attacher les grands hommes de guerre d’une noblesse aux fonctions avant tout militaires.
En dépit de leur finalité politique, les ordres de chevalerie vont conserver une inspiration nettement chevaleresque. La chevalerie en déclin est encore auréolée de tout son prestige et l’idéologie des États modernes reste fortement imprégnée de ses codes jusqu’au XVIe siècle (au moins jusqu’à Charles Quint et François Ier). La création de la Jarretière est ainsi très clairement inspirée des légendes arthuriennes et du roman des chevaliers de la Table ronde.
Le principe même d’un ordre conçu comme une confrérie particulièrement éminente avec des marques extérieures d’appartenance (sous la forme d’abord et avant tout d’un manteau d’une couleur distinctive à l’instar de ce qui existait déjà pour les ordres hospitaliers) a lentement mûri en France, en Espagne, en Hongrie et en Italie dans la première moitié du XIVe siècle. L’origine capétienne de la plupart de ces premiers ordres de chevalerie est-elle même liée au prestige de la famille des lis (la Toison d’or, fondée par un prince capétien, n’est passée aux Habsbourgs que par l’héritage de Marie de Bourgogne, avant de se diviser en 1712 en deux branches : l’espagnole et l’autrichienne).
L’inspiration des romans de chevalerie, de l’hommage rendu au souverain, des tournois, se relève dans les cérémonies éclatantes qui entouraient la tenue des chapitres de ces ordres. Si à compter de Philippe II, les chapitres de la Toison d’or ne furent plus réunis (la branche autrichienne qui a récupéré le Trésor de la Toison d’or déménagé de Bruxelles à Vienne en 1794, a pratiqué des cérémonies d’investiture en costume de 1712 à 1852), ceux de l’ordre du Saint-Esprit n’ont jamais connu d’interruption jusqu’à la fin de la monarchie bourbonienne (les derniers chapitres furent tenus le 2 février 1791 avant la suppression de l’ordre par le décret de la Constituante du 30 juillet de la même année et, sous la Restauration, le 30 mai 1830). Les fastes des cérémonies peuvent être appréhendés par la splendeur des costumes et du trésor de l’ordre qui se trouvent au Louvre et qui ont miraculeusement échappé aux destructions de la Révolution française ou dans les mémoires et les relations des contemporains (le duc de Luynes, le comte d’Hézeques, le livre du sacre de Louis XVI). Aujourd’hui, seules les cérémonies de la Jarretière qui se tiennent chaque année fin juin dans la chapelle Saint-George du château de Windsor perpétuent ces anciennes traditions. Encore faut-il se souvenir que jusqu’en 1946, ces cérémonies ne se tenaient pas régulièrement. Il a fallu attendre cette date pour que le souverain britannique -grâce à une popularité acquise lors de l’issue heureuse des deux conflits mondiaux- récupère la prérogative de nomination des chevaliers de la Jarretière jusqu’alors réservée au gouvernement et institue une régularité dans la tenue des chapitres.
Les ordres de chevalerie ont connu un prestige et un succès non démenti jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Outre ceux qui ont déjà été évoqués on peut citer l’Annonciade de Savoie (créé en 1362 sous le nom d’ordre du Collier et placé par les statuts de 1566 sous le patronage de la Vierge de l’Annonciation), l’Éléphant du Danemark (1693), Saint-André de Russie (1698), l’Aigle noir de Prusse (1701), Saint-Janvier des Deux Siciles (1738), les Séraphins de Suède (1748), Saint-Étienne de Hongrie (1764).
Une évolution intéressante se produit à la fin du XVIIe siècle avec la création de l’ordre militaire de Saint Louis qui va conduire certains ordres à se rapprocher des décorations : soit décorations militaires à l’instar de Saint-Louis (1693), de l’ordre autrichien de Marie-Thérèse (1757) ou de l’ordre russe de Saint-Georges (1769), soit ordres de mérite nationaux comme l’ordre anglais du Bain (malgré sa dénomination qui se réfère à un usage médiéval chevaleresque, cet ordre a été créé par le premier ministre Walpole dans un but de patronage politique), les ordres russes de Saint-Alexandre Nevski (1725) et de Saint-Vladimir (1782), Charles III d’Espagne (1771), Saint Patrick d’Irlande (1783, qui reste toutefois inspiré des modèles de la Jarretière anglaise et du Chardon écossais), Saint-Ferdinand des Deux Siciles (1800), Saint-Joseph de Toscane (1807 et 1814).
La Révolution française va porter un coup fatal aux ordres de chevalerie. D’esprit monarchique, mais d’essence aristocratique ces institutions ne sont plus en phase avec les idées de nation et d’égalité. Après la tourmente de la Révolution et de l’Empire, les anciens ordres de chevalerie subsisteront comme insignes dynastiques réservés aux membres des familles, à la haute noblesse, ou à des très grands serviteurs de l’État (premiers ministres, maréchaux ou généraux ayant commandé en chef, diplomates de rangs élevés à titre de réciprocité). D’autres enfin, à l’exemple de Saint-Maurice et Saint Lazare du royaume de Piémont Sardaigne, se transformeront en ordres de mérite après 1815. Certains ordres vont continuer jusqu’à nos jours à être attribués en survivance sur une base purement dynastique par les chefs de maisons souveraines déposées (ceci concerne en particulier les ordres du Saint-Esprit, de la Toison d’or autrichienne, de l’Annonciade, de Saint-Janvier). Le cas de Saint-André de Russie est original : aboli en 1917, il n’a subsisté que comme une dignité du chef de la famille Romanov en exil à Paris avant d’être rétabli en 1998 par un décret de Boris Elstine sur une base nationale et non dynastique comme récompense suprême de la Fédération de Russie.
Du naufrage de l’ancienne Europe monarchique et aristocratique, il ne subsiste aujourd’hui que quelques éléments épars (le Chardon d’Écosse, les Séraphins de Suède, l’Éléphant du Danemark) dont les plus prestigieux, restent les ordres de la Jarretière et de la Toison d’or (espagnole). Le serment d’allégeance ne conserve qu’un aspect symbolique. La dimension confraternelle est transcendée par la marque de faveur. Le port de l’insigne constitue le signe distinctif essentiel de l’appartenance. La condition de naissance pour importante qu’elle soit (certaines familles ducales britanniques parviennent à maintenir la tradition d’avoir un titulaire de la Jarretière presque à chaque génération : on compte ainsi une douzaine de Cavendish des ducs de Devonshire ou de Percy des ducs de Northumberland, le record étant détenu par les Howard avec un total vingt-quatre chevaliers), n’est plus exclusive (à partir Winston Churchill nommé en 1953 et considéré comme un roturier bien qu’étant petit fils du duc de Marlborough, des non-nobles ont pu accéder à cette prestigieuse dignité) et ne se substitue plus à l’appréciation des mérites.
Les ordres de chevalerie ne sont plus que les témoins glorieux de passé. Toutefois, une dernière résurgence est apparue avec la création par le général de Gaulle en novembre 1940 de l’ordre de la Libération. Attribué à un millier de compagnons (dont le dernier repose au mont Valérien), il renoue avec l’idéal d’une chevalerie militaire moderne où la récompense du mérite l’emporte sur toute autre considération, mais où l’aspect de confrérie prime par rapport aux décorations plus traditionnelles.
3- Les décorations
Les décorations relèvent d’un esprit entièrement différent de celui des ordres de chevalerie. D’origine bien plus ancienne puisqu’elles remontent à l’Antiquité (les couronnes de lauriers ou les phalères romaines), elles sont une marque de récompense pour une action particulière dont l’insigne porte en lui même le sens de cette récompense. De là, la confusion qui s’établit entre ordres, décorations et médailles, puisque dans les trois cas il y a des marques extérieures avec le port d’insignes distinctifs mis en évidence sur le vêtement.
Les décorations ne réapparurent que tardivement en 1693 sous une forme proprement militaire avec la création par Louis XIV de l’ordre de Saint-Louis (et son pendant réservé aux officiers protestants : le mérite militaire créé en 1759 par Louis XV). Signe à la fois d’un accroissement du pouvoir de l’État et d’une évolution de la société d’Ancien régime vers davantage de sécularisation et d’égalité des conditions et des droits. Le désenchantement du monde -selon la belle expression de Marcel Gauchet- amorcé avec la réforme religieuse, a fait descendre les aspirations du divin aux héros mythiques puis aux hommes. Pour gouverner, le roi n’a plus seulement besoin d’une noblesse domestiquée. Il doit avant tout s’appuyer sur une administration professionnelle de robins et de roturiers et sur une armée qui prend des dimensions énormes (et pour laquelle la croix de Saint-Louis joue un rôle éminent dans le succès final de la guerre de succession d’Espagne).
C’est à Napoléon que revient la décision de génie de créer en 1802 la Légion d’honneur (les premières promotions eurent lieu en septembre 1803 et les insignes furent distribuées lors des cérémonies des invalides le 15 juillet 1804 et du camp de Boulogne le 16 août 1804). Décoration éminemment démocratique et moderne puisqu’elle peut être attribuée aux roturiers comme aux nobles, aux civils comme aux militaires, aux simples soldats comme aux maréchaux de France. Toutefois, à l’origine Napoléon avait conçu la Légion d’honneur avant tout dans un dessein monarchique (la France ne devant pas se distinguer des autres nations d’Europe qui distribuaient croix et cordons) aux fins de préparer son propre avènement au trône. Il s’agissait pour l’empereur de créer le noyau d’une forme moderne de société d’ordres et d’aristocratie (ce projet fut finalement réalisé par l’empereur avec l’institution de la noblesse d’empire en 1808).
Le succès de l’entreprise est venu par la suite avec l’amalgame entre les apports de l’Ancien régime et les acquis de la France révolutionnaire : la devise « honneur et patrie » associant un sentiment essentiellement aristocratique (l’honneur est assimilé dans le langage à la condition noble depuis le XIIe siècle) à l’idée moderne de nation issue de 1789.
Jusque dans son dessin, la Légion d’honneur marquait un bouleversement : l’étoile à cinq branches émaillée de blanc était déconnectée de toute référence religieuse (alors que les ordres de l’ancienne monarchie adoptaient la forme de la croix de Malte). L’avers voyait apparaître pour l’une des toutes premières fois dans un insigne porté sur un vêtement civil non pas un portrait de saint ou un monogramme héraldique, mais le portrait de l’empereur lauré sur le modèle des Césars.
La Légion d’honneur allait connaître un succès considérable à travers toute l’Europe et même hors d’Europe (jusqu’en Haïti). Les premiers ordres créés sous son inspiration (code, structure, principes, philosophie) seront ceux des frères de l’empereur et des États associés : la Couronne de fer (1805 – reprise par l’Autriche en 1815), l’ordre des Deux Siciles (1806), les ordres de Louis de Hollande (1806,1807 et 1808) , l’ordre royal d’Espagne (1809), la couronne de Westphalie (1809), l’ordre de la Réunion (1811). Ainsi également que de nombreux ordres étrangers non liés à l’empereur comme : l’ordre autrichien de Léopold (1808), espagnol de Saint-Ferdinand (1815), l’ordre des Guelphes du Hanovre (1815), Notre Dame de la Guadalupe du Mexique (1822), l’ordre du Rédempteur de Grèce (1829), l’ordre belge de Léopold (1832).
L’insigne de la Légion d’honneur inspirera le modèle à 6 branches de Saint-Joseph (créé à Würzbourg en1807, établi à Florence en 1814), de l’ordre du mérite militaire toscan créé par le grand-duc Léopold II en 1853 (à 5 branches), de la Couronne de Bavière en 1808 (à 8 branches), de Saint-Michel et Saint George de Grande-Bretagne en 1818 (à 7 branches), de la Croix du Sud du Brésil en 1823 (à 5 branches).
Au XIXe siècle, les décorations conçues comme des ordres de mérites civils et militaires vont connaître une inflation grandissante (de là par exemple, les modifications apportées à l’ordre du Bain sous l’inspiration de la Légion d’honneur en 1815 et 1847 avec la distinction de grades civils et militaires), et ce jusque dans la très autocratique Russie impériale.
À mi-chemin entre les ordres de mérite et les anciens ordres de chevalerie dynastiques vont se développer également les ordres de maisons réservés aux membres des familles régnantes et à certaines personnalités particulièrement distinguées pour leurs mérites. À l’idée moderne de récompense nationale des ordres de mérite, ils opposent la conception plus traditionnelle de la légitimité dynastique telle qu’elle se maintiendra entre le Congrès de Vienne et la première guerre mondiale. Les zones de diffusion de ces récompenses dynastiques vont être géographiquement circonscrites à deux extrêmes : d’abord, les maisons allemandes de l’ancien empire romain germanique (Bavière, Hanovre, Hesse, Hohenzollern, Mecklembourg, Oldenbourg, Saxe, Würtemberg…) et leurs extensions balkaniques au début du XXe siècle (ordre de Carol de Roumanie créé en 1908, ordre des Saints Cyrille et Méthode créé en 1909, avec une plaque directement inspirée du Saint-Esprit français en souvenir de l’ascendance maternelle du tsar Ferdinand de Bulgarie) ; ensuite, certaines monarchies orientales aux traditions radicalement étrangères à l’influence des idéaux chrétiens de la chevalerie (par exemple l’ordre du Chrysanthème de l’empire du Japon créé en 1878, l’ordre des Palhavi de la maison impériale d’Iran créé en 1924 ; de leur côté, les Anglais, avec la création en 1861 de l’ordre de l’Étoile des Indes destiné aux princes indiens et à certains hauts serviteurs de la vice-royauté impériale, ont imaginé une forme de récompense dont le dessin et la titulature évitaient pour la première fois toute référence à la croix du Christ).
Les guerres napoléoniennes, la naissance du mouvement des nationalités avec la création d’États indépendants et les conflits qui vont suivre jusqu’au XXe siècle seront propices à la multiplication des décorations militaires. La Prusse se dote de la croix de fer en 1813, l’Angleterre de la Victoria cross en 1856 (fabriquée à partir du bronze de canons russes pris à Sébastopol, elle restera attribuée très parcimonieusement, à moins de 1400 reprises depuis sa création), la première guerre mondiale voit notamment la naissance de la military cross britannique (1914) et de la croix de guerre française (1915). En Russie, l’ordre de Saint-Georges se dote d’une postérité en 1807, avec la création de l’insigne de distinction de l’ordre militaire (de Saint-Georges) pour les sous-officiers, marins et soldats, en 1941 avec l’ordre soviétique de la gloire qui renoue avec le prestigieux ruban noir et orange.
Parmi toutes ces décorations, la Médaille militaire française se détache par son originalité. Créée par un décret du 22 janvier 1852 et distribuée pour la première fois lors de la cérémonie du 10 mai suivant, elle est réservée aux sous-officiers et soldats qui bénéficiaient peu des promotions de la Légion d’honneur. Elle peut être également attribuée en récompense aux généraux ayant commandé en chef et constitue alors une dignité supérieure à celle de grand-croix de la Légion d’honneur (on compte 147 promotions de ce type depuis sa fondation).
À l’instar de son oncle, Louis Napoléon mit son profil tête nue sur la Médaille militaire, mais sans couronne de laurier. Le ruban qui s’inspire de la couleur de celui de l’ordre de la Couronne de fer (jaune liséré de vert) fut également choisi en référence au grand empire.
Avec la Médaille militaire, clairement une décoration, la confusion est désormais totale et entretenue jusqu’à nos jours entre médailles et décorations. Cette situation n’est pas propre à la France et s’est retrouvée dès 1833 en Piémont Sardaigne avec la création de la médaille « Al valore militare ».
4- Les médailles
En comparaison des ordres et des décorations, les médailles sont relativement récentes et datent du début de la Renaissance. Les premières médailles apparurent en 1402 à la cour de Jean duc de Berry avec la série de la légende de la croix. Ce prince fastueux et mécène se mit alors à collectionner des pièces romaines montées sous forme de bijoux qui furent prises pour des médailles alors même que l’Antiquité n’a jamais connu que des monnaies. L’invention de la médaille -avec les portraits de souverains ou d’hommes illustres frappés en souvenir et non pas en tant qu’instrument monétaire– revient au peintre Pisanello en 1439. Les réalisations de ce dernier (exposés au musée de Bargello à Florence) sont parmi les plus célèbres avec celles de Benvenuto Cellini : on peut citer les médailles de Lionel d’Este, de l’empereur Jean VIII Paléologue, des frères Malatesta, d’Alphonse de Naples.
Dès le XVe siècle, les collections de médailles –en réalité largement numismatiques- sont très nombreuses (notamment Lionel d’Este et Alphonse d’Aragon déjà cités). Les plus grands amateurs sont les souverains, en particulier l’empereur Maximilien de Habsbourg et Louis XIV. On doit à ce dernier le cabinet des médailles de la bibliothèque nationale et la création en 1663 d’une Académie (la future Académie des Inscriptions et belles lettres) dont la mission fut de préparer une « histoire métallique » avec la frappe de médailles devant célébrer les évènements du règne (publiée en 1694 sous le titre d’ Histoire de Louis le grand par les médailles).
Le succès des médailles ne va jamais se démentir. Il reste marqué par une abondance et une diversité de productions à toutes les époques. Les meilleurs artistes et graveurs ont excellé dans cet art.
Les médailles pendantes commémorant des campagnes militaires sont d’abord apparues en Russie au début du XVIIIe siècle. Les Britanniques adoptèrent ensuite cette coutume. En 1847, ils instituèrent la « General Service Medal » pour les soldats ayant participé aux campagnes de 1795 à 1814. En 1856, après l’heureuse issue de la guerre de Crimée, au cours de laquelle Anglais et Français avaient combattu côte à côte, la reine Victoria créa la médaille de Crimée pour les militaires ayant débarqué en Orient avant la prise de Sébastopol (8 septembre 1855).
Le décret signé le 26 avril 1856 par Napoléon III, autorisant le port de cet insigne, introduisit en France la première médaille commémorative officielle d’une campagne. Fort de cet exemple, le décret impérial du 12 août 1857 créa la médaille de Sainte-Hélène, destinée à tous les vétérans des campagnes de la Révolution et de l’Empire. Première médaille française destinée à signaler la participation à des faits de guerre, sur vérification des états de service du bénéficiaire, elle était accompagnée d’un brevet et d’une remise officielle lors d’une cérémonie. Napoléon III institua par la suite en 1859, la médaille d’Italie. La médaille de Chine créée en 1861 fut destinée aux 8000 participants de l’expédition de 1860. La médaille de l’expédition du Mexique fut créée en 1863 pour être attribuée aux militaires présents au Mexique de 1862 à 1867. La République perpétua cette nouvelle tradition. La «Médaille de 1870» fut créée le 9 novembre 1911, mais guère portée, les rayures noires sur le ruban vert étant signe de deuil. On compte également les médailles du Tonkin (1885), de Madagascar (1886 et 1896), du Dahomey (1892), de Chine (1901), et du Maroc (1909).
La Première Guerre mondiale et ses suites ont donné lieu à une série de médailles commémoratives officielles – Interalliée dite de la Victoire, commémorative de la Grande Guerre de 1914-1918, de Syrie-Cilicie, des Dardanelles et médaille de l’armée d’Orient du maréchal Franchet d’Espèrey – ou non officielles, comme la médaille de Verdun.
La Seconde Guerre mondiale, les conflits de la deuxième moitié du XXe et du début du XXIe siècles – décolonisation, opérations internationales de maintien de l’ordre ou de rétablissement de la paix – occasionnèrent également la création de nombreuses médailles. On peut citer la médaille commémorative de la Guerre 1939-1945 (avec ses 16 agrafes) (1946), celle de la campagne d’Italie (1953), la médaille française des Opérations en Corée (1952), celle de la campagne d’Indochine (1953), celle des opérations au Moyen-Orient (canal de Suez) en 1957, celle des opérations en Afrique du Nord (1958). La Médaille commémorative française, enfin, date de 1995 et celle d’Afrique du Nord, créée en 1997, a été remplacée par celle de la Reconnaissance de la Nation en 2002.
De toutes les médailles commémoratives, la Médaille coloniale, créée par la IIIe République et rebaptisée Médaille d’outre-mer sous la Ve République en 1962, est la plus célèbre. Instituée avec effet rétroactif par l’article 75 de la loi de finances du 26 juillet 1893, mais distribuée deux ans plus tard à partir du 4 juin 1895, elle était destinée aux troupes ayant pris part à des opérations militaires de pacification au sein des territoires de l’ancien empire colonial français. Les fonctionnaires ou les civils ayant assisté des opérations militaires ou participé «à des missions coloniales périlleuses » purent la recevoir à partir de 1898, et en mars 1914, on instaura la possibilité d’attribuer la Médaille coloniale sans agrafe aux militaires ayant servi plus de six ans dans les colonies. L’originalité de cette médaille commémorative tient à la diversité de ses agrafes dont l’inspiration est copiée sur les usages britanniques. On en dénombre 59 officielles pour la Médaille coloniale, dont 9 pour les campagnes antérieures à la fondation de la IIIe République. Parmi elles, certaines sont en or, et extrêmement rares : de l’Atlantique à la Mer Rouge, Centre Africain, Mission Saharienne, Gabon-Congo. Il existe aujourd’hui pour la médaille d’Outre-Mer 12 agrafes qui rappellent les théâtres d’opération.
5- L’histoire des insignes
Manteau des ordres de chevalerie
Les ordres de chevalerie se sont d’abord caractérisés par le port d’un manteau de couleur distinctive dont l’influence religieuse est évidente. Les manteaux des hospitaliers et des compagnons de la Jarretière ont été frappés d’une croix. L’apparition de « drapeaux » proprement dits (c’est-à-dire nationaux) remonte à la conférence de Gisors en 1188 où il fut convenu que pour la croisade les Français porteraient la croix rouge et les Anglais la croix blanche (ceci a duré jusqu’à la guerre de Cent Ans où une inversion s’est produite à l’initiative d’Édouard III qui réclamant la couronne de France a adopté la croix rouge française en 1335, poussant les Valois en 1355 à se distinguer par la croix blanche ; ce même phénomène d’inversion-captation s’est produit pour le Saint-Georges qui bien qu’il figurait sur le Florin de Philippe VI en 1346, a été choisi comme saint patron de la Jarretière). À partir du XVe siècle, les manteaux ont évolué pour devenir de plus en plus somptueux à l’image de ceux de la Toison d’or et surtout du Saint-Esprit (jusqu’à l’introduction en 1778 du petit costume adopté pour des raisons d’économies). Aujourd’hui, seuls les ordres britanniques (Jarretière, Chardon, Bain, Victorian Order, Saint-Michel et Saint-George, l’Empire britannique) utilisent toujours un manteau de velours frappé au côté d’une plaque brodée et destiné à être porté avec le collier de l’ordre lors des cérémonies. Pour leur part, Malte et le Saint-Sépulcre revêtent une tenue dont la cape est assez proche de la modeste bure des moines.
Les colliers
Les colliers sont d’apparition plus tardive et difficiles à étudier, car il reste très peu d‘exemplaires des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. En général du fait de leur valeur en métal précieux, les colliers n’étaient pas considérés comme la propriété du chevalier et devaient être restitués à la couronne au décès du récipiendaire (il en est toujours ainsi pour la grande chancellerie des ordres britanniques). Ils étaient alors démontés ou remontés en fonction de leur usure et du goût du jour. Le premier ordre à se doter d’un collier est celui de l’Annonciade (avec la symbolique des lacs d’amour), viennent ensuite la Toison d’or (avec le bélier-agneau mystique et toison d’argolide- et les briquets), Saint-Michel, la Jarretière sous Henri VII (à l’imitation des précédents) et, bien entendu, le Saint-Esprit (dont le modèle de collier avec des lettres aux références ésotériques fut modifié et simplifié par Henri IV en 1597).
Médaillons et les croix
Pour leur part, les médaillons et les croix sont apparus avec l’évolution du costume civil et militaire. On a déjà évoqué l’influence et la postérité de la croix blanche de Malte (celle-ci a probablement une origine très ancienne liée au christianisme byzantin et moyen-oriental : sur les murs de Philae en Égypte, on trouve gravée des croix de cette forme si particulière qui datent du début du VIe siècle, époque où le temple fut transformé en Église). À partir du XVIe siècle, l’usage se répand de porter des insignes suspendus à un ruban de couleur. La première couleur utilisée a été le rouge (parfois en alternance avec le noir), couleur militaire par excellence, la plus fréquemment rencontrée en héraldique et couleur de commandement pour les Espagnols, ce qui explique qu’elle ait été retenue pour le pendentif de la Toison. L’autre couleur fondamentale est bien sûr le bleu, couleur de la famille capétienne, couleur céleste et mariale, adoptée d’abord par le Saint-Esprit et passée à la Jarretière.
Les rubans
Les rubans ont été d’abord portés en sautoir, puis progressivement en écharpe au cours du XVIIe siècle (les statuts de la Jarretière ont consacré cette pratique en 1682 suite à une mode lancée par le duc de Richmond l’année précédente). La couleur des rubans des médailles arborées sur la poitrine a connu une diversité extraordinaire à partir du milieu du XVIIIe siècle et surtout du XIXe siècle.
Avec l’ordre de Marie-Thérèse on reste clairement dans une inspiration héraldique (les armes de l’archiduché d’Autriche). Par la suite, il devient presque impossible de suivre les raisons des diverses combinaisons de couleurs des médailles militaires et commémoratives (parfois cette combinaison constitue une sorte de rebus : ainsi la médaille britannique commémorative de la campagne du Soudan en 1898 figure un mince liséré rouge séparant du noir et du jaune ce qui est censé représenter la ligne anglaise adossée au désert et faisant face aux hordes derviches). L’évolution de la couleur des rubans a également répondu à des impératifs politiques : le bleu de la Jarretière rendu plus foncé en 1745 par le roi George II pour se distinguer des insignes distribués par le prétendant Stuart, l’utilisation du rouge de Saint-Louis par la Légion d’honneur, l’ordre soviétique de la gloire doté en 1941 des couleurs de l’Ordre impérial de Saint-Georges.
Les plaques
Les plaques sont les dernières venues dans la « panoplie » des marques des ordres de chevalerie. Les premières apparaissent avec l’institution du Saint-Esprit. Dans un esprit d’émulation (que nous avons déjà relevé), les statuts de la Jarretière officialisent en 1629 le port par les chevaliers d’une plaque sous forme de « soleil rayonnant ». Contrairement aux autres insignes qui étaient remis aux chevaliers et ne lui appartenaient en général pas, les plaques (ou croix) cousues sur le vêtement étaient des éléments ordinaires du costume qu’il convenait à chacun de se procurer. En dehors des pièces d’orfèvrerie (plaques en diamants des parures des rois bourbons et Hanovriens), les plaques en métal ne se généraliseront qu’à la fin du XVIIIe siècle et surtout à partir de 1810 –1830. La première plaque donnée officiellement avec les insignes de la Jarretière, le fut en 1855 à Napoléon III. Le modèle de cette plaque a lui-même énormément varié au XIXe siècle selon l’inspiration et le talent des joailliers avant de se fixer à compter de 1901 sur un modèle officiel que nous connaissons encore actuellement et qui est dit du type Stuart.
En guise de conclusion
Il est relativement difficile de trouver aujourd’hui des insignes du XVIIIe siècle et plus encore des XVIe et XVIIe. Ceci peut s’expliquer par le port quotidien d’objets de fabrication artisanale et qui étaient changés dès lors qu’ils étaient endommagés, ou fondus au gré des modes et des successions (ainsi en a-t-on disposé des magnifiques ensembles possédés par le roi Georges IV). En France, les croix du Saint-Esprit portées par les membres de la famille royale étaient remplacées tous les ans, car elles s’abîmaient en frottant sur la poignée de l’épée.
La Révolution française a fait un véritable ravage des colliers et des croix d’Ancien régime qui durent être portés à la fonte dans les municipalités à la suite du décret du 28 juillet 1793 déclarant suspects les possesseurs de ces insignes (bien que 6 colliers du XVIIIe siècle furent restitués à la Chancellerie des Ordres entre 1816 et 1828, il ne semble plus exister de collier du Saint-Esprit d’Ancien régime et on dénombre à peine plus d’une douzaine de croix antérieures à la révolution).